par Christine Zwingmann
Créature merveilleuse, l’Oiseau de Feu est le héros de l’histoire dansée par les ballets russes de Diaghilev. Créé en 1910 à Paris, il marque un tournant dans l’histoire du ballet et celle du jeune compositeur Igor Stravinsky, alors âgé de 27 ans. Tout est nouveau dans ce spectacle, le style de danse, la rythmique, les costumes (d’Alexandre Golovine). Le Surréalisme n’est pas encore né mais il bouge déjà dans le ventre de la création artistique, à cette époque marquée par les convulsions de la Grande Guerre.
Grâce à l’Oiseau de Feu, les Ballets russes de Serge Diaghilev sont lancés et avec eux de futures créations. Comme celles de Parade ou des Mariés de la Tour Eiffel qui réunissent les artistes gravitant – avec des distances fort variables – autour du Surréalisme: Picasso, Cocteau (néanmoins rejeté par André Breton), Satie. Parade créée en 1917 (pendant la période dadaïste) est considéré comme une œuvre révolutionnaire, située à la fine pointe de l’avant-garde.
Ce ballet — inspiré par un poème de Jean Cocteau et soutenu par la musique d’Eric Satie – a fait dire au poète Guillaume Apollinaire que l’œuvre était « surréaliste ». Et voilà le grand mot lancé. Puisqu’il faut nommer les choses pour qu’elles existent, le terme « Surréalisme » surgit à ce moment là1.
Antonin Artaud entre en scène
Alors que la danse et la chorégraphie ne sont que rarement associées au Surréalisme, il est nécessaire de se référer à un poète surréaliste, à la verve particulièrement révolutionnaire, qui fut l’un des pionniers les plus courageux dans l’exploration des jungles de l’inconscient. Il s’agit d’Antonin Artaud.
Il associe à part entière la danse dans sa réflexion sur le Théâtre. « le théâtre se retrouve exactement au point où l’esprit a besoin d’un langage pour produire ses manifestations. »
La danse n’illustre donc pas une idée, mais elle est l’idée devenue mouvement.
Pour Artaud, la danse constitue non seulement un langage sacré, une écriture du corps, mais aussi une manière de rendre visibles des forces invisibles. C’est un acte magique et symbolique.
De nos jours, on peut se référer à des chorégraphes comme Maurice Béjart ou Pina Bausch qui furent inspirés par cette vision donnant corps et sens avant toute parole.
Le corps ne pourrait-il pas représenter en premier lieu, la meilleure exploration du territoire de l’inconscient prôné par le surréalisme? La danse, même si elle ne semble pas considérée par André Breton (qui était rétif à la musique), pourrait bien représenter la première manifestation de l’inconscient, de nos fantasmes et de nos rêves.
Nos gestes sont les premiers à exprimer, telle en prime enfance, notre subconscient. L’émotion précède la pensée. L’oiseau de feu, cet animal magique, voleur des pommes d’or du jardin des tsars, qui sait voler, chanter, danser, devrait être la mascotte du surréalisme dansé.
Christine Zwingmann
Ce mot est apparu la première fois le 18 mai 1917 sous la forme « sur-réalisme » dans le bulletin de présentation du ballet Parade, bulletin rédigé par Apollinaire. Une semaine plus tard, le 24 juin 1917, celui-ci le reprendra mais sans trait d’union, pour qualifier ses Mamelles de Tirésias de « drame surréaliste en deux actes et un prologue» (source: Apollinaire et les Mamelles de Tirésias- La revanche d’Eros de Peter Read; Presses Universitaires de Rennes). ↩︎

Peinture de John Welson, The Echo of the Flames Embrace – The Peacocks Dream 2005, Acrylic on paper.