par Ody Saban
Pour lire loin des regards, avec une lampe torche, sous ma couverture en secret, la nuit, lorsque j’étais petite fille, je cachais les bandes dessinées. Les étoiles brillaient autour de Lilith dans un trou de tohu-bohu au début de cette histoire.
Derrière chaque feuille de papier il y avait plus d’existence de la Lune Noire, deux lignes se touchaient, créant une boucle et un point, une forme féminine, second foyer de l’ellipse de l’orbite lunaire autour de la Terre. Ce point de la lune le plus loin de la Terre de ma carte du ciel.
Lilyh, Layla en hébreux et en arabe, et, la Nuit en français, où se trouve ce point le plus éloigné de notre monde. Dans l’obscurité des ténèbres, je cache et je me cache.
2024, « De Lilith depuis la naissance du Monde », c’est le titre de mon livre d’artiste unique de ma Bibliothèque Magique. On y découvre en le visitant au bout des doigts dans le noir, un jeu de cache-cache, page par page. La bobine du film tourne.
Moi, Lilith, je suis venue dans ce monde de l’âme de mon arrière grande mère maternelle Esther Penso, voyante, elle faisait de la magie. Elle était spécialiste du « jeter de plomb ». Sur la tête couverte d’une jeune fille ou d’une femme, elle posait un bassin plein d’eau, posait du plomb chaud dans l’eau, il devenait dur et se métamorphosait en plusieurs petites formes étranges. Et c’est dans ces formes que mon arrière- grand-mère lisait l’avenir.
Depuis le septième escalier d’un coin de la page, d’un anneau dans un ruban tressé sort le son d’une clochette, pendant qu’au cinquième étage du livre, la beauté, au-dessus de la ville lucide, reste à peine nichée dans le placenta du rêve : un espace sombre animal, ouvert et respirant en liberté. Six boutons mystérieux, pourquoi sont-ils là ? entre les feuillets en plastique en robes transparentes, on n’en sait rien. D’où est venu le grand voilier habité qui file plein ouest, pendu ? Neuf lettres d’amour-amies s’accrochent à un ruban jaune, cousues. Victoire de la vie, elle donne son nom à l’anguille serpentine dorée, à la sphère de tissu étoilé. C’est une parure choquante dans les labyrinthes des grottes. Lilith vivante, pour survivre, remet le monde à l’envers avec une poupée russe. Elle retourne une pierre et découvre les yeux d’une éponge d’or. Dans une minute, tous doivent se cacher car les alarmes obligent à descendre dans l’abris le plus proche, dans les verrues des bombes où rampent des cordes en fil de fer multicolores. Lilith ferme la pierre. Je n’ai rien vu. C’est encore un jeu de cache-cache. Vous ne verrez pas toutes les espèces qui sont repliées dans la forteresse. Dans la planque refuge, il y a un nid, dans cette sécurité où s’enterrent des écrits et les tulles couvrent un visage venu d’ailleurs. Une lettre s’appelant Kousse, le sexe des femmes, un masque, dissimule une vérité cachée par Lilith, la dernière page.
L’histoire est la réalité intraduisible qui dissimule la joie de la Civilisation Surréaliste.
Photos extraites du livre d’artiste unique de 28 pages, De Lilith depuis la naissance du Monde (2024), en haut, page 17, en bas, les deux couvertures et le dos ©Ody Saban

