par Jean-Noël Cuénod
Le Feu, c’est votre puissance créatrice pure sans les fumées idéologiques du prêt-à-penser qui étrangle et des discours qui bavent.
Le surréalisme invite à le mettre à nu, ce Feu, pour qu’il resplendisse en vous et à travers vous. Dans sa besace enchantée, le surréalisme tient à disposition des pratiques pour le faire advenir.
Leur principe de base est bien connu – mais en ces temps de mémoire muscidée le rat pèle n’est plus un luxe – il s’agit de faire le silence dans votre crâne pour le vidanger de la masse des écœurants écrans et des boueux babils.
De ce silence, surgiront des images, des mots, des phrases que vous coucherez immédiatement sur le papier, sans filtre, sans aucune censure, même esthétique ou idéologique. Le monde ainsi créé est dépourvu du moindre juge. Et le seul Etat qu’il connaît est celui de poésie.
Les Serrures du Possible glisseront sous vos yeux fertiles cette rubrique régulière. Elle accueillera vos textes libérés, ouverts à toutes, à tous. Prenez-la comme l’athanor de votre propre Feu.
Le rédacteur de ces lignes amorce cette pompe qui n’éteint pas le Feu mais la propage dans les forêts de vos désirs secrets.
Le vent soulève les jupes des trottoirs
pousse des tourbillons de poussière.
Le chat s’esquive dans un soupirail
comme un orgueil blessé.
Il laisse derrière lui ses yeux.
On ne sait jamais
La nuit porte conseil
mais qui porte la nuit ?
Un rire niais évacue les nuages
Quel présage ?
Ecoutez le chant de la daube
qui repose au fond des estomacs.
C’est dimanche aujourd’hui
Seule la panse pense
C’est un lapin gris
qui maintenant monte la garde.
Il l’a descend aussi.
Ne pas faire de jaloux
J’entends la longue plainte des édicules
serties dans leur pestilence publique
Mais où va le monde ?
Demande le vieux monsieur
au seul rat qui reste dans la rue.
Le rat se lisse les moustaches
et renonce à déposer sa réponse.
« Le crouton a-t-il bronzé cet hiver ? »
C’est le mot de passe des rats dégoûtés
On n’entre pas chez eux
comme dans un moulin à paroles
sacrebleu !
Il faut vraiment tout vous dire !
Le vieux monsieur courbe la tête
et s’enfonce dans sa nuit.
A vous de jouer maintenant !
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